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Yonne Républicaine N°264

Henri Chauveau,
l’adieu définitif à la tôle

A 62 ans, l’une des figures emblématiques de la carrosserie départementale tire définitivement sa révérence. Après un premier faux départ administratif en 2005, date de sa retraite officielle, ce sémillant professionnel de l’automobile avait alors confié les rênes de l’entreprise dont il gérait la destinée depuis 1975 à son épouse, Bernadette.

Cela ne l’empêchait nullement de remettre de temps à autre le bleu de chauffe pour intervenir à l’atelier. A son grand regret, la belle aventure se terminera le 30 novembre prochain. Un jeune couple de repreneurs peaufine déjà son installation dans les murs de la société de Joigny. « Je n’ai plus ma place dans le métier : tout est devenu si complexe de nos jours… ». Laconique, Henri Chauveau tente de se faire une raison. En cédant l’affaire de son existence à de jeunes entrepreneurs de 26 ans, il se revoit quelques années en arrière effectuer une démarche identique lorsqu’il a quitté Thionville et la Lorraine muni d’un brevet de maîtrise en poche lui permettant de se mettre à son compte. Carrossier de formation, il ne se prédestinait absolument pas à la mécanique ni à la vente de produits automobiles. « J’ai suivi un cursus de carrossier tôlier formeur, explique-t-il, et ce que j’adorais par-dessus tout, c’était de redresser des châssis en travaillant les formes et les volumes de la pièce. Altérée par l’oxydation, la pièce était refaite à neuf, ce qui est dorénavant improbable. Certes, cela engendrait des coûts élevés pour l’automobiliste mais il avait la satisfaction de conserver la pièce d’origine et de bénéficier du savoir-faire des carrossiers, orfèvres en la matière.
Aujourd’hui, l’évolution du métier est telle qu’il n’emploie guère de personnels issus de cette spécificité technique sauf dans le cadre de la restauration de véhicules anciens »
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Des regrets et des envies

L’apport de nouvelles technologies et de matériaux innovants (plastique, composants électroniques) a profondément modifié la règle. En outre, les mentalités rigoristes des consommateurs ne tolèrent plus à l’heure actuelle ni une perte de temps consacrée à la réparation ni de fastidieuses dépenses pour remettre en état de marche une automobile. Autre époque, autres moeurs !
« Je compare souvent ce métier avec celui exercé autrefois par le maréchal-ferrant, ajoute Henri Chauveau, le besoin de diversifier s’est fait ressentir plus vite que prévu pour sauvegarder la corporation. Le maréchal-ferrant s’est ainsi tourné vers le milieu agricole. Nous autres, carrossiers réparateurs, nous avons opté pour une large diversification de nos offres de services comme la peinture, le dépannage, la dépose mécanique. »
Cependant, au cours de ces trente années de présence à Joigny, une vingtaine d’apprentis se partageant entre le CIFA et son établissement sont venus profiter de la maestria de ce professionnel pédagogue hors pair. « J’aimais transmettre mon savoir à ces jeunes gens aux carrières prometteuses, affirme-t-il avec un soupçon de nostalgie dans le timbre de voix, quelques-uns sont restés à mes côtés : j’employais à une certaine période cinq salariés. »

Prendre le temps de vivre

Que ce soit un jeune couple de 26 ans qui reprenne l’entreprise lui procure un véritable soulagement. « Ils ont de l’ambition et la volonté de réussir ne leur fait pas défaut, déclare Henri Chauveau, la transition s’est effectuée en douceur dès nos premiers contacts établis en mai.
Au soir du 30 novembre, nous remettrons les clés de notre affaire avec un léger pincement au cœur mais très satisfaits de la tournure prise par les évènements.
Sur un plan psychologique, il était capital pour mon épouse et moi-même de vivre dans la sérénité cette cession. Nous avons eu le temps de nous préparer, d’entrevoir l’avenir et de rassurer pleinement nos collaborateurs. »

Dans leur plan de charge, Pauline et Nicolas Selme, les futurs occupants de la carrosserie Chauveau, ont d’ores et déjà prévu de conserver le personnel. Preuve qu’une cession/reprise de société peut se dérouler en parfaite quiétude d’esprit.

D’ici à quelques jours, la page sera totalement tournée pour les ex-propriétaires de la carrosserie de Joigny.
De nouvelles priorités s’esquissent déjà à brève échéance. « Je préside depuis peu l’Association des anciens professionnels de l’automobile de l’Yonne, précise tout sourire Henri Chauveau, c’est un groupement d’anciens carrossiers et garagistes de la filière. Notre objectif repose sur les principes de la convivialité et l’organisation de soirées festives comme le repas de la Saint-Eloi (140 convives le 20 octobre dernier) et la réalisation de quelques belles sorties à Paris. »
Prendre le temps de vivre, à bord du camping-car dont il vient de faire l’acquisition ou en dirigeant l’association folklorique La Maillotine, sera le nouveau credo de ce personnage si attachant de l’univers automobile régional.

Une cession/reprise rondement menée…

Quelques mois à peine auront suffi pour gérer dans les règles de l’art la vente de la carrosserie Chauveau. Au 1er décembre, le couple de repreneurs, Pauline et Nicolas Selme, officialisera le lancement de sa nouvelle entité : la carrosserie Selme Design dont l’appellation laisse déjà percevoir de réelles possibilités de développement.
Originaires de Joigny où leurs parents tiennent commerces, ces deux jeunes gens arrivent tout droit du Lavandou (Var) où ils ont patiemment fourbi leurs armes durant trois ans avant de se risquer dans le grand bain de l’entreprenariat.
Une simple annonce via Internet diffusée par la Chambre des métiers et de l’artisanat de l’Yonne a fait fléchir leurs ultimes résolutions prises dans le Var de ne plus rester longtemps salariés.
A 26 ans, Nicolas Selme qui a fait ses gammes comme carrossier et peintre chez Ford, Peugeot, Toyota sur l’Auxerrois revient à ses sources originelles. Avec l’aide de son épouse, celle-ci s’occupera de l’administratif, il souhaite moderniser l’outil de travail existant et le positionner vers de nouveaux horizons.
Passionné de mécanique et de design, il proposera sans doute à très court terme un atelier spécifique moto afin d’y apporter son savoir-faire et sa touche personnelle.